UN ARABE DANS MON MIROIR

Cie scènes http://scenes.free.fr/
Texte Riad Gahmi et Philippe Vincent / Traduction en arabe : Nabil Gahmi
Mise en scène : Philippe Vincent / Chorégraphie : Florence Girardon /
Musique : Bob Lipman /
Costumes : Cathy Ray / Lumières : Julie-Lola Lanteri-Cravet
Avec : Anne Ferret, Riad Gahmi, Philippe Vincent, Florence Girardon,
Solafa Ghanem (Egypte), Ava Jenkins (U.S.A.) Estelle Clément Bealem (France)
Coproduction : Scènes, Théâtre de Vénissieux, CCN Rilleux-la Pape, Castillo Theater de New-York, Théâtre des Bernardines Marseille, Forum Freies Theater Düsseldorf, Volksbühne Berlin. Avec l'aide de CulturesFrance et FACE (French American Cultural Exchange)
création de Un arabe dans mon miroir
- les 25 et 26 juin 2011, représentations (première étape) au Théâtre Town House du Caire
- le 21 juillet 2011, représentation (deuxième étape) au CCN de Rillieux-la-Pape
- du 16 au 24 septembre 2011, création au Castillo Theater de New-York
- les 15 et 16 mars 2012, représentations au Théâtre de Vénissieux
- en mars 2012, à la Volksbühne de Berlin et au Forum Freies Theater de Düsseldorf
- en avril 2012, au Théâtre les Bernardines de Marseille
Présentation
« Ben Laden est mort. L'Amérique en liesse, comme dans un match de foot, célèbre la mort de l'ennemi et consomme sa vengeance, juste dix ans après le onze septembre. Le World Trade Center contre le cauchemar irakien et le bourbier afghan, contre Guantanamo et Abou Ghraïb. Notre projet prend racine à l'aune du printemps arabe et de l'échec de la rhétorique conservatrice des années Bush. La nature des révoltes qui courent encore de Tunis à Damas, en passant par Sanaa, le silence embarrassé de notre diplomatie, voire sa complaisance face aux régimes dictatoriaux en place dans la région, ont mis à nu les lacunes de notre modèle démocratique et ses contradictions.
Qui sommes-nous ? Qu'est-ce que c'est la France ? Qui c'est ?
À travers une galerie de portraits, du responsable au simple témoin, de la guerre d'Algérie à la révolution égyptienne, en passant par les attentats du onze septembre, nous brosserons un tableau intimiste de l'histoire de ces rapports, tantôt d'attraction, tantôt de répulsion, d'amour et de haine, qui lient l'Occident au « monde arabe ». Une caisse de résonance pour la multitude des voix qui composent cette histoire, insoluble dans le manichéisme politique. Cinquante individualités anachroniques : français, étrangers, pompistes, traders, barbiers, otages, policiers, chômeurs, cireurs de chaussures, hôtesse de l'air, groom du WTC1, des années soixante à nos jours, réunis dans un même lieu.
Ici, c'est moins la réponse qui nous intéresse, que la multitude des sensations, des points de vue; moins la réponse, s'il en est, que l'Histoire à l'échelle de l'intime.»
"Bin Laden is dead. America cheering, as if in a football match, celebrates the death of the enemy, revels in its revenge, just ten years after September 11. The World Trade Center against the nightmare of Iraq and the Afghanistan quagmire, against Guantanamo and Abu Ghraib. Our project takes root in the light of the Arab spring and failure of the conservative rhetoric of the Bush era. The nature of the revolts that still run from Tunis to Damascus, via Sanaa, the awkward silence of our diplomacy, even its complacency in dealing with dictatorial regimes in place in the region, have laid bare the shortcomings of our democratic system and its contradictions.
Who are we? What is France? Who is it?
Through a gallery of portraits, from person in charge to simple witness, from the Algerian war to the Egyptian revolution, through the attacks of September 11, we paint an intimate picture of the story of these relationships, sometimes of attraction , sometimes of repulsion, of the love and hate which bind the West to the so-called "Arab world". A sounding board for the multitude of voices that make up this story, insoluble in the politics of Manichaeism. Fifty anachronistic individualities: French, foreigners, gas station attendants, traders, barbers, hostages, policemen, unemployed, shoe shiners, a stewardess, WTC1 bellhop, from the sixties to the present day, gathered together in one place.
Here, it is less the answer we are interested in, than the multitude of sensations, of points of view, less the answer, if there is one, than history on an intimate level".
La compagnie Scènes propose, les 15 et 16 mars, “Un Arabe dans mon miroir”. Déjà présenté en Égypte et à New York, ce spectacle met en scène près de soixante-dix ans d’Histoire et de rapports entre l’Occident et les pays arabes, du massacre de Sétif en 1945 aux révolutions tunisiennes et égyptiennes.
En 1967, “La Chinoise” de Godard commence par un intertitre : “Un film en train de se faire”. Jean-Pierre Léaud, Anne Wiazemsky et Juliet Berto y parlent de marxisme-léninisme, de la rupture avec le PCF, de la guerre au Vietnam, de Mao, Johnson, Kossyguine, Pompidou, Mitterrand… Anne Wiazemsky discute dans un train avec le philosophe Francis Jeanson, point de rencontre entre un passé récent, la guerre d’Algérie, et un futur en préparation, mai 68. De la même manière, on pourrait dire qu’“Un Arabe dans mon miroir”, un spectacle de la compagnie Scènes mis en scène par Philippe Vincent et présenté au Théâtre de Vénissieux les 15 et 16 mars, est une pièce en train de se faire.
Je ne ferai pas l’injure à Philippe Vincent de reprendre pour son compte le slogan d’un fameux hebdomadaire français. Pourtant, son “Arabe dans mon miroir” regorge d’images fortes (“le choc des photos”) et ses propos font encore écho dans notre esprit longtemps après que le rideau s’est fermé (“le poids des mots”).
“Un Arabe dans mon miroir” est un spectacle d’autant plus fort qu’il s’attaque à l’actualité directe, celle des printemps arabes, mis en relation avec notre propre Histoire (les massacres du 17 octobre 1961 à Paris ou du 8 mai 1945 à Sétif).
“Nous avions déjà monté en 2007 un spectacle lié aux élections présidentielles, “Tout est possible dans le meilleur des mondes mieux”, explique Philippe Vincent ; la dernière représentation en avait été donnée la veille du premier tour.”
“Un Arabe dans mon miroir” prend sa source dans un précédent travail que la compagnie Scènes devait préparer autour du 11 septembre. “Nous avions réservé des billets pour aller en Égypte lorsque les révolutions arabes ont éclaté. Nous nous sommes retrouvés en mars au Caire et nous avons réfléchi avec Riad Gahmi, qui est comédien et auteur : notre texte sur le 11 septembre s’était mis à vieillir. Il a giclé et nous avons écrit cette forme, qui n’est pas encore aujourd’hui totalement achevée.”
“Tout le monde se rappelle ce qu’il faisait le 11 septembre”
Il est vrai qu’à l’allure où se précipitent les événements, les deux auteurs pourraient encore ajouter la Syrie. Déjà montré en Égypte et à New York, où il a bénéficié d’“un accueil incroyable” (dans des versions qui ont un peu bougé, l’américaine, par exemple, proposant des textes sur un soldat mort en Iraq et sur l’arrivée de son cercueil à Reno, attendu par sa veuve, Katherine Cathey), “Un Arabe dans mon miroir” balaie dans le désordre près de soixante-dix ans d’événements.
“Je conviens qu’il existe quelques erreurs historiques, comme l’a souligné une journaliste de Gaza à propos du passage dans sa ville de Michèle Alliot-Marie en janvier 2011, victime de jets d’œufs et de chaussures, mais c’est la première fois que l’on voit un spectacle qui met à distance notre propre Histoire. Partout nous nous sommes présentés en tant que Français. Le spectacle commence par l’année 1961, une façon de dire : voilà notre Histoire, après on va parler de vous, de la manière dont on vous voit.”
Si les mots ont un poids, la compagnie sait aussi composer sur scène des images saisissantes, grâce à une mise en scène épurée mais bourrée d’idées. Telles ces bouteilles suspendues et ces cartons amoncelés qui, nous dit Philippe Vincent, facilitent les déplacements en tournée. Mais aussi la force des discours en arabe, l’autodafé du Coran en Floride par le pasteur intégriste Terry Jones, l’immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie, la destruction des Bouddhas de Bâmiyân par les talibans, etc.
“Tout le monde sait ce qu’est le 11 septembre, reprend Philippe Vincent. Et tout le monde se rappelle ce qu’il faisait à ce moment-là. C’est un moment précis de l’Histoire qui est fort.”
L’attentat contre les tours jumelles est au cœur du spectacle sans que l’acte soit condamné ou justifié. Dans une interview donnée à un site égyptien, Philippe expliquait : “La pièce ne doit pas être interprétée comme une tentative de compréhension de l’autre. Nous ne pouvons pas changer le monde et je ne peux pas non plus être plus malin à propos des problèmes franco-arabes. Je peux seulement montrer ce que je vois.”
Le Progrès
Quels sont les rapports entretenus entre le monde arabe et le monde occidental ? Comment l’homme arabe est-il vu par l’homme occidental ? Telles sont les questions qui sont à l’origine de la dernière création de Philippe Vincent « Un Arabe dans mon miroir ». Mais il ne prétend pas y répondre. Il tente de nous offrir un reflet, éclaté, fragmentaire, sur ces thèmes. Son texte, co-écrit avec Riad Gahmi nous présente des extraits de presse, des témoignages de personnes qui se sont trouvé témoins des grands événements qui ont marqué les rapports du monde arabe et de l’Occident au cours des cinquante dernières années. Sont évoqués donc, aussi bien la décolonisation au début des années soixante que les récentes révolutions arabes, en passant par les attentats du 11 septembre ou la mort de Ben Laden. C’est un puzzle dont on ne perçoit aucune vision d’ensemble, mais dont les morceaux sont jetés dans un désordre saisissant. La mise en scène est d’une esthétique irréprochable, s’appuyant sur l’interprétation impressionnante des acteurs.
14/03/2012
http://www.leprogres.fr/art-et-culture/2012/03/14/un-arabe-dans-mon-miroir-au-theatre-de-venissieux
Par Céline Pauilhac Publié le 29/02/2012 à 10H56, mis à jour le 01/03/2012 à 11H10
Laura Logan, Satam Al-Squami, Kamel Mansour, le commandant Massoud... Ils sont les témoins, célèbres ou anonymes, d'événements qui ont marqué l'histoire contemporaine tels que la guerre d'Algérie, les attentats du 11 septembre 2001 ou la révolution égyptienne. Seuls six acteurs composent cette galerie de cinquante portraits ! Estelle Clément-Bealem tient le rôle principal, énergique femme-orchestre de cette fresque d'une heure et quart. A ses côtés, Riad Gahmi, Anne Ferret, Florence Girardon, Philippe Vincent et Bob Lipman jouent une partition quasi chorégraphique. Leur performance, singulière, tient le public en haleine du début à la fin.
Le spectacle en Français, a été adapté en Anglais et en Arabe. Dans chacun des pays où la pièce tourne, une comédienne locale interprète le rôle principal et prend en charge 80% du texte dans sa propre langue. "En changeant de langue et d'actrice, le spectacle changera certainement aussi sa signification", espère la compagnie Scènes. El Miraya El'Arabia a été présenté au Caire pour la première fois les 26 et 27 juin 2011, puis à New York début février 2012 sous le titre An Arab in My Mirror. Les 15 et 16 mars 2012, Un Arabe dans mon miroir sera joué au Théâtre de Vénissieux.
REGARDEZ cet extrait du spectacle :
Culturebox a rencontré les deux auteurs de la pièce, Philippe Vincent et Riad Gahmi.
Culturebox : D'où vous est venue l’idée d’écrire Un Arabe dans mon miroir ?
Philippe Vincent : Au départ on devait monter une pièce sur les attentats du 11 septembre 2011, Blackbox. C’était prévu, on devait la jouer à New York… et puis quand les révolutions arabes ont éclaté, d’un coup le texte a pris dix ans, d’un coup tout changeait dans le rapport au terrorisme, le rapport aux Arabes changeait. Etrangement, on s’est retrouvé en Egypte en mars 2011. On a commencé à rencontrer des gens, à voir des lieux, à réfléchir à comment on pourrait faire… On a abandonné le projet en cours et quand on est revenu en France en mai, on a commencé a écrire à quatre mains, puis on est reparti un mois au Caire. On envoyait le texte par mail au père de Riad pour qu’il puisse le traduire en arabe pour l’actrice égyptienne. Elle a eu quinze jours pour l'apprendre. Tout est allé très vite !
Culturebox : Pourquoi avoir voulu traduire le texte en Arabe et en Anglais ?
Riad Gahmi : La pièce doit même être adaptée en Allemand ! Le principe, c’est que l’actrice du pays dans lequel on joue soit une actrice locale. Elle parle dans sa langue et nous on parle aussi dans sa langue, donc c’est une recréation à chaque fois. Le contexte n’étant pas le même aux Etats-Unis qu’en Egypte, le texte change de sens à l’oreille du public.
Culturebox : Vous êtes-vous beaucoup documentés sur l’histoire des événements que vous évoquez dans la pièce ?
Philippe Vincent : Oui, mais en même temps on a essayé de ne pas trop coller à la réalité. Je comparerais notre façon de faire à celle de Picasso, lorsqu’il a peint Guernica. Son oeuvre n'est pas réaliste ! Même si les gens ne connaissent pas l’événement, ils peuvent quand même trouver du sens. L’idée est de choisir un événement et de faire un « focus » sur une personne présente à ce moment-là, voir si elle aurait pu faire quelque chose de différent, comme l’hôtesse de l’air Betty Ong, à bord de l’un des avions lancé sur les tours du World Trade Center.
Culturebox : Votre regard sur ces événements n'est-il pas partisan?
Riad Gahmi : Nous avons essayé d’éviter d'être partisans ou militants… Mais le choix des événements est déjà partisan en lui-même, je pense. La pièce a été bien reçue au Caire, où nous avons joué en juin 2011. Nous avions plus de crainte que l’actrice, Solafa Ghanem. Elle était décomplexée. Il y a eu seulement un texte qui lui a posé problème, c’est celui de la journaliste Lara Logan violée en Égypte, elle ne voulait pas le dire…
http://www.francetv.fr/culturebox/un-arabe-dans-mon-miroir-au-theatre-de-venissieux-83859
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