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Un bouleversant égarement: "La Pitié dangereuse" de Stefan Zweig

Un corps en souffrance, une âme qui s’exalte, une lumière qui lutte dans la pénombre, tel est le sublime personnage d’Edith Kekesfalva, clouée dans un fauteuil roulant par la paralysie de ses jambes. Face à elle, un homme jeune, le lieutenant Anton Hofmiller, qui, pour effacer une maladresse cruelle – il a invité Edith à danser…- fréquente la maison du père. Et la jeune fille se méprend, le croit amoureux et s’enflamme… « La torture la plus affreuse qu’un homme puisse éprouver, je le sais maintenant, c’est d’être aimé malgré soi », pense l’innocent officier, bien frêle dans le sentiment, bien balbutiant sur ce qui est du cœur et du corps. Car ce qui est audacieux, dérangeant et beau dans l’œuvre de Stefan Zweig, située en 1913 en Autriche, est qu’il ne s’agit pas d’autre chose que de pulsion, de sexe, de rejet…

Philippe Faure a très bien élaboré sa distribution : alacrité de l’âme sœur Ilona, bien dessinée par Estelle Clément Bealem, stricte et émouvante présence du Docteur Condor, par la sourde inquiétude de Bruno Sermonne, finesse tragique du père désespéré que joue si bien Albert Delpy.Benjamin Egner donne à Anton son immaturité de garçon, sa rayonnante loyauté, sa fierté et sa honte, son impuissance sans lâcheté. Il est très bien dans les contradictions de ce personnage qui est lui aussi victime. Lumineuse et intrépide, telle Edith elle-même, d’une voix claire et ardente, jamais plaintive, Sylvie Testud apporte sa grâce, son intransigeance, son énergie subtilement contrôlée, à ce drame sans larmes, à ce combat spirituel et charnel d’une haute force tragique.

Armelle Héliot
Le Figaro

Explosion finale: C'est ainsi (si cela vous semble)

"Il faut bien que l'un des deux soit fou, mais lequel ?". La vérité à la sauce Pirandello, c'est une question de point de vue ; ça dépend des gens. Début et fin de C'est ainsi (si cela vous semble), ultime et magistrale pièce interprétée par les étudiants de la 64e promotion de l'ENSATT. Clown metteur en scène pour ambiance délurée, didascalies criées à tue tête et chaos apparent, on entre pourtant timidement dans le monde de Pirandello. Voyage en bourgeoisie où des personnages déjantés se font mener à la baguette par un maître jaloux : l'illusion.
Et rapidement le miracle se produit, on ne brûle que de connaître mieux la vie de ses voisins aux mœurs bien peu orthodoxes. Une mère ne peut voir sa fille, tenue enfermée par son mari jaloux, dit-on. Et la pauvre vieille, qui habite à côté... Le spectateur se jette dans les fers d'une intrigue qui le tient en haleine jusqu'au dénouement en s'attachant aux personnages, héros déchus en quête d'un tragique qui leur échappe, ridicules et affairés qu'ils sont à démêler des drames sans intérêt. Les dialogues, féroces, sont servis par des acteurs exceptionnels, performance collective où s'illustre (entre autres) Estelle Clément Bealem, trouble et facétieuse, parfaite en mère éplorée. Adolf Shapiro signe une mise en scène époustouflante, notamment dans sa façon d'utiliser les miroirs, avec art et intelligence. Mises en abîmes, maîtrise parfaite de l'espace et des mouvements, le tout mêlé à un plaisir d'interprétation communicatif : on est séduit. Il souffle un air de liberté, de travail abouti et de joyeuse folie, loin des interprétations performatives que l'on a pu souvent reprocher aux comédiens. Et si Penthésilée laissait quelque peu sceptique, C'est ainsi (si cela vous semble) lève le voile : 2005 est un grand cru.

Dorotée Aznar.
petit Bulletin

Oncle Vania: Une éblouissante noirceur

Afin de servir au mieux la beauté d'un langage à la force poétique et musicale évidente, le metteur en scène a joué la simplicité extrême et un esthétisme de bon aloi : un décor minimal (quelques chaises grises, une table et un samovar qui tient quasiment le rôle principal de l'acte d'exposition), un éclairage très pictural et une économie remarquable dans le jeu des comédiens. Si Robin Renucci a déclenché l'enthousiasme de tous par la précision de son phrasé, la justesse du ton et une présence discrète mais capable de faire jaillir d'éblouissantes gerbes d'humanité, le public a aussi beaucoup apprécié René Loyon et sa pureté très classique, Estelle Clément-Béallem, très émouvante dans sa sincérité, ou encore Serge Lipszyc (également metteur en scène) pour sa force de conviction.

SUD OUEST

Vingt-quatre heures d'une femme sensible de Constance de Salm

C'est fin, bien senti, magistralement interprété par Estelle CLEMENT BEALEM et mis en scène par Vincent RIVARD : un régal épistolaire !

revue-spectacle.com

Oncle Vania dans une chambre très claire

Il y a mille et une manière de jouer Tchekhov. Celle qu'a choisie Serge Lipszyc est claire et vive. S'appuyant sur la traduction de Françoise Morvan et André Markowicz, il demande aux comédiens une célérité qui donne un spectacle bref (1 h 55) mais qui étouffe un peu, semble-t-il, l'émotion. C'est une production qui émane de la terre forte d'Olmi-Cappella, en Haute-Corse. Là où l'enfant du pays Robin Renucci a créé un foyer de ferveur théâtrale : formation et création s'y mêlent inextricablement et Judith d'Aleazzo, Eléna, comme Estelle Clement Béalem, Sonia, sont passées par cette fraternelle école d'exigence. Michèle Gaulupeau, Marina la nounou, Danièle Gauthier, la grand-mère, sont des femmes de la décentralisation, libres et disciplinées. Il y a là un esprit. Une manière d'y aller. De jouer pour partager, sans narcissisme aucun, et c'est bien. Mais sans se préoccuper de temps, de silences, de pauses nécessaires lorsque l'on veut vraiment faire entendre la musique de Tchekhov et la souffrance des âmes. Serge Lipszyc, pilier de l'Aria, interprète Astrov, le médecin qui trouble les cœurs et les pensées. Il le fait d'une manière assez carrée, tandis que René Loyon compose un Sérébriakov sec à souhait, mais touchant comme touche le Téléguine de Laurent Huon. Les plus beaux moments, ici, sont ceux de l'entente profonde, dans la douleur, entre Vania, délié, précis et fin Robin Renucci, et sa nièce, Sofia. Estelle Clement-Béalem possède une personnalité intéressante et grave, qui convient parfaitement à ce grand personnage tchékhovien de jeune fille.

Armelle Héliot
Le Figaro

Haidong Gumdo