
La pitié dangereuse de Stefan Zweig
1913. Une petite ville de garnison autrichienne. Anton, jeune officier de cavalerie, est invité au château du fortuné Kekesfalva. Par mégarde, il invite à danser sa fille, Edith, qui est paralysée. Tentant de réparer sa maladresse, il multiplie faveurs et visites là où la jeune femme se prend à imaginer l’amour. Pitié et désir se heurtent dans cette danse mortelle
tournée française et internationale 2005-2007
AVEC: Sylvie Testud, Albert Delpy, Bruno Sermonne, Benjamin Egner, Estelle Clément Bealem
MISE EN SCÈNE: Philippe Faure

Un bouleversant égarement: "La Pitié dangereuse" de Stefan Zweig
Un corps en souffrance, une âme qui s’exalte, une lumière qui lutte dans la pénombre, tel est le sublime personnage d’Edith Kekesfalva, clouée dans un fauteuil roulant par la paralysie de ses jambes. Face à elle, un homme jeune, le lieutenant Anton Hofmiller, qui, pour effacer une maladresse cruelle – il a invité Edith à danser…- fréquente la maison du père. Et la jeune fille se méprend, le croit amoureux et s’enflamme… « La torture la plus affreuse qu’un homme puisse éprouver, je le sais maintenant, c’est d’être aimé malgré soi », pense l’innocent officier, bien frêle dans le sentiment, bien balbutiant sur ce qui est du cœur et du corps. Car ce qui est audacieux, dérangeant et beau dans l’œuvre de Stefan Zweig, située en 1913 en Autriche, est qu’il ne s’agit pas d’autre chose que de pulsion, de sexe, de rejet…
Philippe Faure a très bien élaboré sa distribution : alacrité de l’âme sœur Ilona, bien dessinée par Estelle Clément Bealem, stricte et émouvante présence du Docteur Condor, par la sourde inquiétude de Bruno Sermonne, finesse tragique du père désespéré que joue si bien Albert Delpy.Benjamin Egner donne à Anton son immaturité de garçon, sa rayonnante loyauté, sa fierté et sa honte, son impuissance sans lâcheté. Il est très bien dans les contradictions de ce personnage qui est lui aussi victime. Lumineuse et intrépide, telle Edith elle-même, d’une voix claire et ardente, jamais plaintive, Sylvie Testud apporte sa grâce, son intransigeance, son énergie subtilement contrôlée, à ce drame sans larmes, à ce combat spirituel et charnel d’une haute force tragique.
Armelle Héliot
Le Figaro