D' Anthony Neilson
Texte français
et mise en scène Catherine Hargreaves
Avec Estelle Clément Béalem, David Bescond, Gilles Chabrier,
Anne Ferret, Laure Giappiconi, Florent Vivert, François Herpeux, Rémi Rauzier
Décor - Kim Lan NGuyên Thi
Musique et son - Louis Dulac
Lumières - Fabrice Guilbert /
Costumes - Benjamin Moreau
C’est à la fois une création et une invitation à la découverte. Catherine Hargreaves est une comédienne et metteur en scène franco-anglaise, issue de l’Ensatt à Lyon. Tombée par hasard sur deux pièces d’Anthony Neilson, aussi méconnu en France que reconnu outre-Manche, elle décide de les traduire en français et met en scène l’une d’entre elles, Réalisme en janvier 2009 au Théâtre de l’Élysée à Lyon.
À travers Le Monde Merveilleux de Dissocia, elle nous promène dans l’univers de l’auteur écossais, agitateur omniprésent de la scène théâtrale britannique (associé de la Royal Shakespeare Company), provocateur mais surtout partisan d’un théâtre instinctif, sensuel et spontané, qu’il écrit parfois quelques heures avant de le jouer.
Le Monde Merveilleux de Dissocia tient à la fois de Lewis Caroll et de Terry Gilliam, avec un zest de comédie musicale, un rien d’angoisse, de mystère et une bonne dose d’humour corrosif.
Si elle veut retrouver l’équilibre dans sa vie, Lisa doit descendre dans le monde de Dissocia pour récupérer une heure qu’elle aurait perdue lors d’un malencontreux décalage horaire. Son voyage à la recherche du temps perdu est une série de rencontres fantastiques, galerie de personnages souvent extraordinaires et parfois inquiétants.
Fidèle à l’obsession de l’auteur, la mise en scène nous fait pénétrer dans l’esprit de Lisa, représentant son monde intérieur avant de nous révéler le secret de cet improbable voyage.
Coproduction : Célestins, Théâtre de Lyon - Cie les 7 soeurs
Avec le soutien du CNT, de la DRAC Rhône-Alpes, de la Ville de Lyon, de l'ADAMI, du Jeune Théâtre National et de l’Ensatt
En résidence au Centre National des écritures du spectacle, La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon
Pièce traduite à l’initiative et avec le soutien de la Maison Antoine Vitez, Centre international de la traduction théâtrale, Montpellier



ALICE DANS TA GUEULE
Catherine Hargreaves met en scène «Le Monde merveilleux de Dissocia» dans la Célestine. Une version trash et déjantée d’«Alice aux pays des merveilles», tout à fait convaincante.
Les spectateurs s’installent alors que Lisa est déjà là. Elle lit, mange et s’amuse avec son téléphone comme si elle était seule avant de fermer la porte de son «appartement» à clé, nous indiquant qu’il n’y aura aucune échappatoire. Alice aux pays des barges peut alors commencer. Lisa Jones entend des voix. Lisa voit des gens qui n’existent pas. Un réparateur de montres frappe à sa porte, il vient lui expliquer l’origine de son mal : lors d’un voyage à New York, elle a perdu une heure. Depuis, son univers est déséquilibré, ses proches ne la reconnaissent plus. Pour que tout redevienne comme avant, elle va devoir se rendre dans le monde de Dissocia afin de reprendre possession de l’heure perdue. Comme chez Lewis Carroll, Lisa-Alice va débarquer dans un monde parallèle, où la logique ne fonctionne pas, où l’absurde et le chaos règnent en maîtres. À Dissocia, avant de laisser les voyageurs franchir la frontière, on s’assure qu’ils ne transportent pas de plumes et qu’ils prêtent serment d’allégeance à la reine. À Dissocia, le bureau des objets perdus a malheureusement été égaré et le grand cafard risque de détruire le pays à tout moment. Et si l’on ne risque pas de se faire couper la tête à tout va (la Reine a disparu), ce sont les boucs émissaires amateurs de viol anal qu’il faut craindre.
De l’autre côté du miroir
Dans le texte de Neilson, la violence est omniprésente. Une violence qui se double d’un humour féroce et dont l’ambition est de surprendre le spectateur en permanence. Catherine Hargreaves, à la mise en scène, répond parfaitement au cahier des charges. On passe d’un genre à l’autre en clin d’œil (les épisodes chantés sont particulièrement réussis) et le choix d’une mise en scène bruyante et exubérante fonctionne à merveille. On rit souvent, parfois jusqu’aux larmes, grâce à une distribution où personne ne démérite...
Dorotée Aznar
Article petit bulletin Publié dans le n°560 - Mise en ligne : 01/2010
Critique
Lisa s’ennuie, seule avec son portable et un magazine. Puis le monde se craquelle, d’étranges personnages s’introduisent, légèrement inquiétants et carrément incorrects, que Lisa va décider de suivre… Telle l’Alice de Lewis Carroll, la voici partie à la poursuite du temps… Et nous voilà embarqués dans un monde loufoque d’une drôlerie absolue, et pourtant d’une cruauté cauchemardesque, celui de notre imaginaire, celui où règnent les fantasmes pour peu qu’on leur laisse la bride sur le cou… C’est que l’univers de l’Ecossais Anthony Neilson, père du mouvement théâtral “in yer face”, volontiers provocateur, aime secouer son public, lui faire vivre des émotions fortes, secouer le vernis social… Mis en scène par Catherine Hargreaves avec une troupe de jeunes acteurs toniques et insolents, cela donne des scènes surréalistes qui s’enchaînent à toute allure, puis hoquettent comme un disque rayé, jouant du comique de répétition avec délectation avant d’opérer un virage à 180° pour repartir dans une direction inattendue… sous les yeux écarquillés de Lisa. Nounours y côtoie le bouc émissaire lubrique, la reine Sara le Grand Cafard, à grands renforts de magie et de comédie musicale, les images se bousculent dans une sorte de théâtre automatique dont la clé ne nous est donnée qu’après un entracte “live” des plus absurdes… Dans cette dernière partie du spectacle, l’ordre règne, le monde est redevenu gris et froid, les drogues légales jouent leur rôle de modérateur social, médecins psychiatres et famille ont repris le pouvoir…
T.M. Lyon Poche