C'est ainsi, si cela vous semble
mise en scène Adolf Shapiro
ENSATT 2005
presse
Explosion finale: C'est ainsi (si cela vous semble)
"Il faut bien que l'un des deux soit fou, mais lequel ?". La vérité à la sauce Pirandello, c'est une question de point de vue ; ça dépend des gens. Début et fin de C'est ainsi (si cela vous semble), ultime et magistrale pièce interprétée par les étudiants de la 64e promotion de l'ENSATT. Clown metteur en scène pour ambiance délurée, didascalies criées à tue tête et chaos apparent, on entre pourtant timidement dans le monde de Pirandello. Voyage en bourgeoisie où des personnages déjantés se font mener à la baguette par un maître jaloux : l'illusion.
Et rapidement le miracle se produit, on ne brûle que de connaître mieux la vie de ses voisins aux mœurs bien peu orthodoxes. Une mère ne peut voir sa fille, tenue enfermée par son mari jaloux, dit-on. Et la pauvre vieille, qui habite à côté... Le spectateur se jette dans les fers d'une intrigue qui le tient en haleine jusqu'au dénouement en s'attachant aux personnages, héros déchus en quête d'un tragique qui leur échappe, ridicules et affairés qu'ils sont à démêler des drames sans intérêt. Les dialogues, féroces, sont servis par des acteurs exceptionnels, performance collective où s'illustre (entre autres) Estelle Clément Bealem, trouble et facétieuse, parfaite en mère éplorée. Adolf Shapiro signe une mise en scène époustouflante, notamment dans sa façon d'utiliser les miroirs, avec art et intelligence. Mises en abîmes, maîtrise parfaite de l'espace et des mouvements, le tout mêlé à un plaisir d'interprétation communicatif : on est séduit. Il souffle un air de liberté, de travail abouti et de joyeuse folie, loin des interprétations performatives que l'on a pu souvent reprocher aux comédiens. Et si Penthésilée laissait quelque peu sceptique, C'est ainsi (si cela vous semble) lève le voile : 2005 est un grand cru.
Dorotée Aznar.
petit Bulletin