Le projet beat
mardi 17 et mercredi 18 novembre 2009 au Colombier à Bagnolet

Conception, mise en scène et jeu : Laure Giappiconi
Avec : Lucie Borleteau ; Estelle Clément-Bealem ; Coralie Dedykere ; Karen Fichelson ; Catherine Hargreaves
Scénographie : Amandine Fonfrède
Costumes : Emilie Carpentier
Lumières : Julie-Lola Lanteri-Cravet
Son : Annabelle Brouard
La Beat Generation. Les Etats-Unis. Les années 50.
Je découvre d’abord Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs, Neal Cassady. Et petit à petit surgissent les seconds rôles, leurs compagnes. Admiratrices et muses, inconnues qui ont nourri leurs personnages, relu leurs textes, fait leur cuisine et leurs enfants…
Presque toutes sont aussi des artistes.
Je décide d’en savoir plus.
«On y va. – Mais où ? – Je sais pas, mais on y va.»
Jack Kerouac, Sur la route
Le Projet Beat est une création qui confronte dans un récit morcelé le parcours de femmes artistes d’aujourd’hui avec celui de cinq femmes de la Beat Generation. Un personnage bien évidemment fictif, Laure Giappiconi, jeune comédienne vivant à Lyon, mariée à un artiste et tentant d’obtenir son permis de conduire, fait le lien entre ces différentes voix.
Le Projet Beat questionne la place de la femme artiste et de la femme d’artiste, entre désir d’émancipation et asservissement consenti.
Il y aura du jazz, mais aussi du rock punk, deux robes à fleurs, une chorégraphie, et des bananes.
création au théâtre de l'Élysée, Lyon. REPRISE au théâtre Colombier à Bagnolet, les mardi 17 et mercredi 18 novembre prochains.
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Mercredi 1 avril 2009
Le Projet Beat (critique), L’Élysée à Lyon
Women of the Beat
Une salle comble accueille ce soir « le Projet Beat », dernière étape du travail mené tout au long de cette saison par la Cie Les 7 Sœurs au théâtre L’Élysée. Une enquête en forme de coup de projecteur sur toutes ces femmes à l’ombre des grands symboles de la Beat generation, mouvement libertaire essentiellement masculin des années cinquante.
[le Projet Beat] Le public pénètre tout d’abord dans une salle enfumée, qui laisse peu à peu apparaître les silhouettes de cinq femmes, dos au public. Tout commence lorsque la voix de Laure, narratrice et fil conducteur de toute la pièce se fait entendre. Cette jeune femme de notre époque nous indique les origines de son enquête qui s’apparente rapidement à une quête existentielle sur toutes celles qui ont incarné et participé à leur manière à cette mouvance intellectuelle des années cinquante que fut la Beat generation.
Un à un, les portraits sont montrés puis décrits : Carolyn Cassady pour commencer, peintre et épouse de Neal Cassady, puis Joyce Johnson compagne de Kerouac, Luanne Henderson, Elise Cowen éprise d’Allen Ginsberg ou encore Joanne Vollmer, épouse de William Burroughs. Autant de destins uniques et croisés dont certains tragiques, ici incarnés par cinq comédiennes qui font vivre au public des véritables morceaux de vie. Loin de se limiter à une succession de biographies, le Projet Beat est la mise en relief de questionnements propres à une époque. Ces cinq individualités nous font part à leur manière et avec beaucoup de finesse de leurs réflexions, états d’âmes relatifs à leur statut de femmes : muses, amies et maîtresses, lolitas, femmes au foyer, femmes artistes, femmes d’artiste, échangeables… Autant de sujets d’une remarquable actualité comme le laisse comprendre le perpétuel va-et-vient opéré entre notre époque et les années cinquante.
À l’instar d’une fouille archéologique, le méticuleux travail d’investigation ici entrepris nous apporte une vision des plus pertinentes sur cette époque marquée par l’affirmation d’une soif d’émancipation et de liberté. L’éclairage choisi par Laure Giappiconi apporte un véritable contrepoids aux clichés et permet d’affiner le regard porté sur une époque que l’on pourrait trop rapidement résumer à la plume de Kerouac ou Burroughs.
Au-delà de l’enquête, on apprécie le rythme dynamique composé notamment de passages dansés, drôles et ultra féminins, avec pour commencer l’énergique I’m So Excited, reprise du groupe Le Tigre. Les robes à fleur sont au rendez-vous et les pauses lascives aussi. L’écran en fond de scène trouve tout son intérêt dans les divers usages qui en sont faits : des visages y sont tout d’abord projetés, pour laisser place dans un second temps aux apparitions de dates et de noms donnant un caractère biographique à l’ensemble. Enfin, on peut y lire l’inscription clignotante « Pacific Dining Car », qui renvoie à l’esthétique des cafétérias américaines des années cinquante.
Concernant le jeu, on peut saluer l’ardeur des cinq comédiennes, qui font preuve d’une véritable vitalité en affirmant avec singularité chacun des portraits incarnés. Parmi elles, on reconnaît Estelle Clément Béalem dans le rôle tragique d’Elise Cowen, Laure Giappiconi dans le rôle de la narratrice, déjà aperçues dans le fameux Réalisme mis en scène par Catherine Hargreaves, reconnaissable elle aussi sous les traits de Carolyn Cassady.
Véritable réussite, le Projet Beat est le fruit d’une enquête passionnée qui a su dresser avec justesse et respect ces cinq tableaux. La thématique, les questionnements sous-jacents, les choix d’écriture ainsi que le rythme donnent lieu à un remarquable moment de théâtre, témoignant une nouvelle fois de la qualité du travail mené par la Compagnie Les 7 Sœurs, que l’on retrouvera la saison prochaine à L’Élysée. ¶
Élise Ternat
Les Trois Coups